Le sous-titrage : une nécessité devenue (enfin) loi

Le sous-titrage : une nécessité devenue (enfin) loi

Résumé : Pour sa 5e édition 2011, le Festival national du court-métrage Handica-Apicil demande aux participants de présenter des films sous-titrés. Pourquoi ? Un petit rappel s'impose...
 
Par le

Participant du langage cinématographique, ces mentions écrites particulières que sont les sous-titres ont une histoire qui se confond pratiquement avec celle du 7e art... On peut même les considérer comme dérivant des cartons intertitres qui scandaient les séquences, et sur lesquels on inscrivait les dialogues, à l'époque où les films ne parlaient pas encore. Muet (mais pas silencieux), le cinéma s'est longtemps appuyé sur ces précieux auxiliaires pour "dire" davantage que les images. Et lorsqu'à la fin des années 1920 le cinéma s'est, par la vertu du progrès, doté d'une voix - la composante lui permettant d'accéder pleinement à la dénomination d'art audiovisuel, il a gagné en popularité mais perdu en universalité : en parlant une langue en plus de son langage propre, il excluait de fait ceux qui ne l'entendaient pas ou n'y entendaient rien. Le recours aux sous-titres s'est alors révélé fort pratique pour traduire un oral inintelligible et le retranscrire en un lisible compréhensible.

Peu d'écrit sur l'écran...

Mais pour utile qu'elle soit, la surimpression du texte sur l'image a peiné à s'imposer en France - la tradition hexagonale (et les impératifs commerciaux inhérents à la nature industrielle du cinéma) exigeant, pour conquérir le plus vaste public possible, que tous les films étrangers ou presque[1] soient post-synchronisés. Ainsi, jusqu'à il y a une petite trentaine d'années, le choix de voir d'un film en version originale sous-titrée était-il perçu comme une coquetterie de cinéphiles puristes cultivant leur snobisme (et la pâleur de leur teint) dans les salles obscures ! Ils formaient un cercle de spectateurs restreint, mais augmenté du nombre des malentendants ravi de profiter de séances leur étant accessibles. Les téléspectateurs n'étaient guère mieux lotis : en première partie de soirée, bien rares étaient les films (ou émissions) programmés en version originale sous-titrée[2]. Le petit écran, se pliant au goût majoritaire, privilégiant la diffusion de versions doublées aux heures de grande écoute, avait pris l'habitude de reléguer aux confins de la nuit les œuvres d'auteurs ou du patrimoine, pour lesquelles le sous-titrage semblait sinon naturel, du moins admissible et tolérable.

Vers un sous-titrage à 100 % ?

C'est avec l'apparition de médias d'un nouveau type (la chaîne cryptée Canal+ en 1984, le câble, puis les bouquets satellites et leurs chaînes ultra-thématiques), la naissance de nouvelles pratiques de programmation (la multidiffusion) ; mais aussi le développement et la (lente) démocratisation de techniques et d'équipement (le décodeur Antiope, le télétexte), que le sous-titrage a gagné du terrain - donc du temps d'antenne. Tributaire des évolutions technologiques, il a été une option avant d'être inscrit dans la loi : celle dite "handicap"[3], qui notait dans son article 74 l'obligation de sous-titrer la totalité des programmes "pour les services dont l'audience moyenne annuelle dépasse les 2,5% de l'audience totale des services de télévision (...) dans un délai maximum de cinq ans suivant la publication de la loi". En 2010, seules les anciennes chaînes hertziennes (TF1, France 2, France 3, France 5, Canal+ et M6) ainsi que France 4 sont ainsi concernées. Le retard pris sur la Grande-Bretagne ou le Canada (100 % des programmes sous-titrés depuis, respectivement, 2008 et 2009) est comblé[4]. A titre de comparaison, pour la même année 2010, la Suisse ne vise que... 33 %.

Facile à titrer

Parallèlement à la télédiffusion, l'avénement des disques optiques de stockage (les CD, puis DVD et Blu-Ray...) a permis de disposer sur un même support de diverses versions audio, mais également de sous-titres pour plusieurs langues, sans surcoût majeur pour l'éditeur ni l'acheteur : le processus de sous-titrage fait désormais naturellement partie de la post-production d'un film. Le plan gouvernemental 2010-2012 en direction des personnes sourdes ou malentendantes a, de toute façon, prévu dans sa mesure 41 de "rendre obligatoire à partir de 2011 l'intégration du sous-titrage dans tous les masters numériques et le sous-titrage en langue française de tous les DVD commercialisés en France et des programmes diffusés en VOD [Vidéo à la demande, NDLR]".

Du côté des particuliers, grâce à la popularisation des outils numériques de tournage et de montage (caméscopes, logiciels dédiés...), il est devenu aisé de réaliser son propre film dans une qualité qui n'a rien à envier aux professionnels ; de le conformer pour qu'il soit "broadcast" (c'est-à-dire diffusable selon les normes et critères en vigueur dans le monde audiovisuel)... mais aussi de le sous-titrer en français, de préférence en respectant les codes et préconisations en vigueur (à ce sujet, on conseillera les pages suivantes, riches d'enseignement :
www.rfi.fr/lffr/articles/079/article_963.asp ;
http://joeclark.org/access/captioning/CBC/images/CBC-captioning-manual-FR.pdf,www.titelbild.de/assets/pdf/Code of Good Subtitling Practice_fr.pdf).

En incitant les futurs participants à effectuer cette opération supplémentaire sur les productions qu'ils lui présenteront, le Festival national du court-métrage Handica-Apicil ne fait rien d'autre que d'accompagner l'évolution de la société dans sa marche logique vers une plus grande accessibilité. Les auteurs et les producteurs doivent y voir leur intérêt : sous-titrée, leur œuvre accède immédiatement à une plus grande audience... et peut s'ouvrir les portes de l'international. En effet, un master déjà sous-titré en français est plus rapidement traduisible en anglais qu'un master nu. A bon entendeur...


Vincent Raymond

Co-directeur artistique du Festival national du court-métrage Handica-Apicil

 

[1] à l'exception notable de Citizen Kane d'Orson Welles (1941) qui, pour des raisons historiques, esthétiques et artistiques, n'a jamais été doublé en français.

[2] Ce fut la règle sur Arte, lors du lancement de la chaîne franco-allemande en 1992.

[3] ou Loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

[4] L'exactitude commande de préciser que tout n'est pas parfait : les retranscriptions s'avèrent parfois aléatoires (en témoigne l'article Le massacre des sous-titrages pour les sourds posté surwww.rue89.com par Alyoukaidi :www.rue89.com/2010/03/28/le-massacre-des-sous-titrage-pour-les-sourds-144363).

 

 

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