Un bref regard sur Avatar (partie 2)

Un bref regard sur Avatar (partie 2)

Résumé : Futur pragmatique, réalité augmentée et handicap non dissimulé
 
Par le

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http://informations.handicap.fr/art-0.0.0.0-3103.php

Venons-en à la représentation du handicap. Dans cette histoire, on l'a compris, la notion de subjectivité est importante : ainsi, lorsque le héros se projettera le corps de son avatar, il donnera à voir au spectateur ce que lui-même verra à travers les yeux de la "marionnette" qu'il pilotera. Auparavant, le spectateur aura eu d'autres occasions de partager le point de vue de Sully : durant toute la séquence d'exposition, les plans en sa présence sont pris à sa hauteur - celle d'un homme assis.

Enfin, il y a cet aspect capital qui, à mon sens est une première dans le cinéma populaire à grand spectacle - un genre qui considère le handicap d'une manière très réductrice, l'associant étroitement et systématiquement aux termes d'"invalidité" et d'"incapacité". En règle générale, une personne handicapée ne se voit digne d'occuper les premiers plans que lorsque, malgré ses "déficiences", elle accomplit une performance et/ou devient une figure exemplaire (ainsi, dans le cas d'un biopic - biographie filmée - d'une célébrité, le handicap intervient comme un adjuvant qui héroïse davantage le héros, puisque ce dernier a "surpassé" son handicap et fait mieux que les "valides").

Ici, le corps "réel" de Jake Sully porte en permanence les stigmates de son handicap. Sans être exhibées à tout bout de plan, ses jambes, dont la musculature a fondu et se s'est rétractée depuis qu'il est paralysé, apparaissent à l'image ou se devinent, maigres, sous son pantalon. Le comédien qui interprète Jake, Sam Worthington, n'est pas paraplégique, et n'a certainement pas préparé son rôle rivé des semaines dans un fauteuil ; ce sont donc des jambes factices qui ont remplacés les siennes. Le numérique a permis de rendre cette substitution imperceptible - fini, le temps des membres dissimulés par des artifices grossiers.

La promotion et le bouche à oreille ont vanté la perfection des effets spéciaux d'Avatar, la qualité de leur réalisation dans la modélisation des décors, la précision de la texture de la peau des personnages de synthèse, leur discrétion (rappelons qu'un bon effet spécial se doit être discret, puisqu'il est au service du scénario ; il n'a pas à interférer ou entrer en confrontation avec le déroulement du film). Mais ce qui a été insuffisamment souligné, c'est que ces techniques invisibles ont rendu visible ce qui auparavant était peu ou mal montré, pour ne pas dire négligé, honteusement caché.

Mu par la volonté de tendre vers le réalisme, le cinéaste n'a pas fui la réalité physiologique ; il l'a observée frontalement afin de pouvoir la restituer de la manière la plus crédible qui soit dans sa fiction. Et c'est heureux, car il eût été choquant que James Cameron, dont on vante le perfectionniste, sacrifiât ces séquences ou refusât de se creuser les méninges sur la question de la représentation du handicap.

Pour certains, ces constatations tiendront du paradoxe ou de l'anecdote ; je préfère deviner au creux de ces quelques détails les traces d'une considération nouvelle pour le handicap et les personnes handicapées dans ce formidable outil d'intégration que peut se révéler le cinéma. Est-ce de la naïveté ou de la clairvoyance ? L'avenir seul nous le dira...

 

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