L'homme de chevet : l'amour sans tabou

L'homme de chevet : l'amour sans tabou

Résumé : Sophie Marceau et Christophe Lambert sont à l'affiche de 'L'homme de chevet', une histoire d'amour entre une femme tétraplégique et un ancien boxeur. Un pari risqué sur un sujet délicat que nous raconte Alain Monne, le réalisateur du film.
 
Par le

Handicap.fr : Qu'est ce qui vous a incité à adapter le livre d'Eric Holder ?
Alain Monne : Eric est un ami d'enfance. Nous étions ensemble au lycée alors j'ai évidemment lu tous ses livres. Il avait été lui-même garde malade pendant ses études, ce qui a inspiré l'écriture de « L'homme de chevet » en 1995. Lorsque j'ai découvert cette histoire, j'ai été frappé par cette rencontre entre deux êtres : une tête cassée sur un corps sain et une tête saine sur un corps cassé.

H: Qu'est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?
AM: Elle dégage une puissance extraordinaire car elle met en exergue la force de l'amour, même en l'absence de sexe. Dans mon film, ce que l'on ne trouve pas dans le livre, j'ai travaillé sur la notion de corps et de sensualité. C'est un sujet délicat, difficile à monter, d'autant plus qu'il n'intéressait pas les financiers...

H:Justement, ce sujet peut-il être « vendeur » au cinéma ?
AM: Je vais être franc, j'ai eu un mal fou à convaincre les investisseurs. L'histoire à elle seule, c'est-à-dire la relation entre Muriel et Léo ne suffisait pas. Il fallait d'autres ingrédients : un décor exotique (la ville de Cartagena en Colombie), ne pas hésiter à traiter l'alcoolisme, la prostitution, la misère sociale... Un long métrage sur le handicap sans toutes ces périphrases autour, ce n'était pas viable. Ce film a été fait avec très peu d'argent, probablement parmi les moins bien financés en 2008 en France. Les télés (Arte et Canal plus) ont fini par accepter mais uniquement parce qu'il y avait Sophie Marceau et Christophe Lambert.

H: Vous voulez dire qu'il n'aurait pas pu marcher sans deux têtes d'affiche aussi populaires que Sophie Marceau et Christophe Lambert ?
AM: C'est certain ! C'est grâce à eux qu'on a eu une grosse promotion. Sophie a reçu le prix d'interprétation au festival de La Réunion, ce qui l'a beaucoup touchée.

H: Aviez-vous été confronté à titre privé à des situations de handicap, étiez-vous sensible à ce sujet ?
AM: Non, absolument pas mais j'ai commencé ma carrière de réalisateur par un court métrage sur des enfants handicapés mentaux qui s'initiaient à la musique. Ce n'est pas une démarche personnelle mais uniquement artistique. Il y a dans ce film un message très fort : ce qui est arrivé à Muriel (un accident de voiture) nous pend tous au nez. La vie est fragile, aléatoire, risquée. Je pense avoir fait un film d'une vraie violence, celle de l'existence.

H: Etes-vous allé au contact des personnes en situation de handicap ?
AM: J'ai passé du temps à l'hôpital de Garches. Et puis j'ai beaucoup lu, passé des mois sur internet à chercher des infos, notamment sur la sexualité des personnes handicapées.

H: Et Sophie Marceau, comment s'est-elle préparée au rôle de Muriel ?
AM: Nous avions convenu qu'elle ferait la démarche de son côté. Elle a longtemps côtoyé une femme tétraplégique. Elles ont beaucoup discuté ensemble, entre femmes, de la vie, de la sexualité. Sophie en est ressortie extrêmement nourrie.

H: A-t-elle trouvé qu'il était difficile d'interpréter un tel rôle ?
AM: Oui car elle devait rester absolument immobile huit à dix heures par jour alors que c'est une femme plutôt active dans la vie. Elle était figée et ne pouvait s'exprimer que par le verbe et les yeux. C'est une vraie prouesse pour un acteur qui se sert d'ordinaire de tout son corps pour jouer. Mais elle était ravie de cette expérience car elle a découvert ce monde en elle, çà l'a touchée, construite et enrichie.

H: Certaines critiques reprochent à la belle Sophie Marceau de ne pas être crédible dans le rôle d'une femme tétraplégique ?
AM: Dans le livre, l'héroïne pèse 120 kilos. Au début, je voulais faire ce film avec un vrai boxeur et une femme handicapée. Mais vous croyez que les spectateurs se seraient déplacés ? Pour espérer trouver des financements, il fallait romancer, « glamouriser », donner de l'espoir et rendre Muriel séduisante... Le handicap n'est qu'une métaphore pour aborder la question de l'amour. Je n'allais pas travailler le corps de Sophie en effets spéciaux pour la rendre plus crédible. Alors oui, il est vrai que sous les draps son corps est parfait et elle a un joli teint de porcelaine. Mais un spectateur handicapé qui a assisté à la projection m'a dit avoir adoré ce film car il n'y avait pas de tentative de reproduire la vie de façon réaliste. Il a compris la métaphore.

H: Une promotion spécifique a-t-elle été réservée aux personnes handicapées ?
AM: A vrai dire, je ne crois pas. Car une fois le film terminé, il ne m'appartient plus. Ce n'est pas moi qui décide de la promo ni des salles où il sera projeté. Il n'y a pas eu de projection spécifique à l'intention du public handicapé, notamment des associations, et certaines salles ne sont évidemment pas accessibles. C'est dommage car j'ai fait ce film pour eux. Et bien sûr pour sensibiliser les valides à la fragilité de l'existence.

Propos recueillis par Emmanuelle Dal'Secco

 

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